Classé dans : Politique, Société(s) | Mots-clefs: identité, magazine, nationale, respect
Petite contribution au débat sur l’identité nationale publiée par Respect Magazine:
“Qu’est-ce qu’être français ?” demande le ministre de l’Immigration. Et toi, l’identité nationale, ça t’évoque quoi ? Ce débat, il t’inspire quoi ? Régulièrement, de nouveaux témoignages ! Cette semaine, celui de Keyvan Sayar, jeune auteur franco-iranien.
Classé dans : Traduction | Mots-clefs: Halloween, Jack O'Lantern, trick or treat
En cette fin de mois d’octobre, nombreux sont les Français qui ronchonnent en répétant qu’ “Allo-ouine” est une fête commerciale importée des Etats-Unis et qu’on aura beau leur passer la danse des citrouilles en boucle à la télévision, on ne les forcera pas à se déguiser en squelettes. Si ce n’est pas complètement faux, ce n’est pas complètement vrai non plus. Certes, on ne fêtait pas Halloween en France avant les années 1990, mais cette fête s’inspire d’une tradition pré-chrétienne que les celtes appelaient “Samain” (“Samhain” en anglais) et qui n’est pas née outre-atlantique. Dans le monde anglophone, Halloween est une fête incontournable et une source intarissable de casse-têtes pour les traducteurs. Tout d’abord, comment traduire son nom? Au Québec, les francophones fêtent “l’Halloween” tandis qu’en France le public parle d’Halloween (sans article), mot exotique aux sonorités mystérieuses (c’est une déformation de l’expression du 16e siècle “All hallows’ even” qui signifie veille [du jour] de tous les saints – pour un anglophone, dans Halloween on entend “Hallow” et “eve”, saints et veille, en français on entend “allo” et “oui”!). Le jour d’Halloween, les enfants vont de porte à porte demander des bonbons en scandant la phrase “trick or treat!”. On traduit souvent cette expression par “un bonbon ou un sort!” en français, perdant en chemin la jolie allitération de la version anglaise. “Trick” c’est le tour, ici le mauvais tour (pas forcément le sort) et “treat” c’est la friandise. Le dictionnaire Collins propose “une farce ou une gâterie!”, mais je pense qu’on s’éloigne un peu trop de l’anglais. A mon sens le “trick” est plus proche du sort ou du mauvais tour que de la farce, puis le mot gâterie n’est plus très usité en France… ou alors entre adultes consentants! Pour compliquer les choses, la quête de sucreries traditionnelle d’Halloween a donné naissance aux noms “trick-or-treater” et “trick-or-treating” ainsi qu’au verbe “trick-or-treat“, ce qu’il est difficile de traduire sans s’embarquer dans de longues périphrases. “I have been trick-or-treating all day” pourrait donc se dire “j’ai passé ma journée à demander des bonbons de porte à porte”… ce à quoi il faudrait peut-être ajouter “pour Halloween”, sans quoi on penserait avoir affaire à une forme de mendicité motivée par l’amour du glucose.
Autre terme essentiel, la Jack O’Lantern, symbole par excellence de l’évènement. Citrouille vidée, sculptée et dotée d’une bougie, on la traduit souvent par “citrouille-lanterne” (ce qui a le mérite d’offrir une image claire, mais délaisse la personnification de l’objet) ou “Jack/Jacques la lanterne” (cette fois-ci on retrouve la personnification mais au risque d’embrouiller les gens qui ne connaissent pas bien Halloween et ne penseront pas immédiatement à une citrouille). On pourrait également penser à “citrouille d’Halloween” ou “lanterne en citrouille” en fonction du contexte. Cette citrouille sert justement à indiquer, dans les quartiers résidentiels, si une maison participe ou non à Halloween (s’il y a une citrouille devant la maison, les enfants savent qu’ils peuvent venir sonner à la porte – voir la vidéo ci-dessous).
Fête nationale dans les pays anglo-saxons, Halloween est l’occasion de jouer à des jeux traditionnels comme le “apple bobbing” (ou “dunking”) qui consiste à attraper des pommes flottant dans un bassin avec ses dents (en français les traductions les plus utilisées semblent être “jeu des pommes flottantes” et “jeu de la pomme dans l’eau”). Les “ghost stories” (“histoires de fantômes”) racontées traditionnellement font de plus en plus place au visionnage de “scary movies” (“films d’horreur”). Puis un phénomène nouveau se développe depuis quelques années: pour Halloween, les femmes enceintes font du “belly painting” (de la “peinture sur ventre“), leurs ventres ronds maquillés faisant figure de “déguisement”.
Le jour d’Halloween on mange traditionnellement des pommes d’amour (“candy apples” en Amérique du nord et “toffee apples” dans le reste du monde anglo-saxon) et des pommes au caramel (“caramel apples” ou “taffy apples”). On prépare également les fameux “pumpkin pies“, ces délicieuses tartes à la citrouille. Aux Etats-Unis, on mange aussi les célèbres “candy corn“, des bonbons au sirop de maïs en forme de grains de maïs. Au choix on pourra les traduire par “bonbons au maïs”, “bonbons de maïs” ou même “bonbons au sirop de maïs“.
Enfin, une tradition centenaire a forcément son lot de mots argotiques dérivés. Parmi les plus courants, “Hallowicked”, qui peut s’utiliser dans l’expression “this is hallowicked, man!”, que je traduirais par “c’est d’la halloballe, mec!”, même si on y perd un peu en cours de route puisque “wicked” signifie à la fois méchant et génial (à propos, Hallowicked est également le nom d’un catcheur américain). Puis aussi la “halloweed”, herbe d’Halloween ou “Hallobeuh”, chantée par les rappeurs québécois du groupe 4e régiment. Dans le même genre, le “Hallowine“, “Hallovin” destiné aux grandes personnes qui auraient du mal à trouver le bonheur en se contentant de croquer des sucres d’orge.
Sur ce je vous souhaite de bien halloweener (oui, halloween peut aussi être un verbe, enfin en anglais) dans la langue de Molière, celle de Shakespeare ou une autre! Happy Halloween!



