Bouts du monde – Blog de Keyvan Sayar


Jacques Chirac devant la justice
novembre 21, 2007, 10:35
Classé dans : Politique


Après avoir esquivé des années durant les invitations à comparaître au motif qu’il était président de la république, Jacques Chirac va enfin être entendu par les juges au sujet des emplois fictifs de la mairie de Paris et peut-être sur une série d’autres dossiers.

Alors qu’un français moyen peut passer six mois en prison en attendant d’être jugé, les criminels en col blanc bénéficient d’un traitement de faveur scandaleux à de nombreux égards.

J’espère sincèrement que notre ex-président n’a pas été à l’origine ou partie prenante à des détournements de fonds publics ou des abus de biens sociaux, toutefois je ne vois pas pourquoi il ne serait pas soumis comme nous tous au contrôle de la justice. Laissons donc les juges faire leur travail, sans préjuger de leur verdict. Pour ma part, j’aurai toutefois une petite chanson des wampas qui me trottera dans la tête.



Asma Jahangir assignée à résidence
novembre 7, 2007, 11:59
Classé dans : Politique

Après des moments très mouvementés ces derniers mois, le Pakistan semble vraiment tomber dans une forme de chaos pré-révolutionnaire qui ne laisse pas présager que des bonnes choses. Etat militaire presque depuis sa formation, le “pays des purs” (sens étymologique du mot Pakistan) traverse actuellement une crise majeure dont l’issue demeure incertaine.

Malgré sa récente réélection, Pervef Musharraf a durci ces dernières semaines la répression à l’égard des opposants au régime, un signe s’il en est de la difficulté qu’il a de contrôler le pays.

Dernière cible en date: Asma Jahangir. Présidente de la commission pakistanaise des droits humains et rapporteur spécial de l’ONU sur la liberté de religion, Asma Jahangir est une avocate laïque qui milite depuis des années pour un Pakistan pacifique et respectueux des droits humains. Elle se trouve aujourd’hui assignée à résidence chez elle à Lahore pour une durée de 90 jours et ne pourra donc pas, malgré un appel envoyé ce jour par Ban Ki Moon au président pakistanais, participer à la prochaine session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

Elle dispose toujours pour le moment d’une connection à internet et est bien décidée à s’en servir. Dans un message envoyé aujourd’hui à Avaaz.org, elle explique:

La presse et les avocats sont fortement réprimés…
Le Président de la cour suprême est en résidence surveillée (ce n’est pas officiel). Le président du barreau de la Cour suprême (Aitzaz Ahsan) et deux de ses prédécesseurs, messieurs Muneer Malik et Tariq Mahmood, ont été emprisonnés pour un mois, sous le coup des lois de détention préventive… D’autres hommes politiques-clés ont été également arrêtés. Hier, j’ai été assignée à résidence pour trois mois. Le Président (qui perd le contrôle) a déclaré qu’il devait immobiliser la presse et les autorités judiciaires pour lutter contre le terrorisme. Les personnes qu’il a arrêtées sont progressistes et laïques alors que les terroristes se voient proposer négociations et cessez-le-feu.

Les avocats et la société civile vont défier le gouvernement, et la situation a bien des chances d’empirer. Nous voulons que les amis du Pakistan demandent à l’administration des Etats-Unis d’arrêter tout soutien à un dictateur instable , dont la soif de pouvoir est en train de mener le pays près de la pire forme de querelles civiles…



La paix au Nagalim? Ce sera pour plus tard
novembre 5, 2007, 9:42
Classé dans : Politique

Dans une interview accordée aujourd’hui à l’ANI, Thuingaleng Muivah, secrétaire général du Conseil Socialiste National de Nagalim (branche IM), la principale organisation représentant les Nagas dans les pourparlers avec l’Inde, a déclaré ne pas chercher l’indépendance pour le Nagalim mais une relation spéciale avec l’Inde. Ceci intervient une semaine après une autre interview de M. Muivah également accordée à l’ANI dans laquelle il menaçait de se retirer des négociations et de “retourner dans la jungle” (comprenez: reprendre la lutte armée). Cette nouvelle intervention semble marquer la volonté de M. Muivah de rectifier le tir et de revenir sur ce que beaucoup avaient perçu comme un coup de sang.

Fédération asymétrique 

M. Muivah a insisté sur le fait que la proposition actuelle des Nagas aboutirait à un cadre dans lequel l’Inde et le Nagalim formeraient une fédération de fédérations et en somme “seraient presque unis“. Le compromis proposé par les Nagas est loin de satisfaire tout le monde: d’un côté les Nagas pro-indépendance n’y trouvent pas leur compte (il est important de garder à l’esprit la mobilisation de nombreux Nagas qui avaient protesté lors des dernières négociations de juillet 2007 en demandant à leurs représentants de ne pas céder à l’Inde), de l’autre côté le centre (gouvernement indien) craint que la création d’un statut particulier pour les Nagas encourage les tendances autonomistes d’autres peuples d’Inde. M. Muivah et son organisation ne renoncent officiellement pas à l’idée d’auto-détermination et d’indépendance, toutefois leur proposition est dans les faits celle de rester au sein de l’Inde en acquérant un statut spécial au sein d’une fédération asymétrique.

Projet préparé avec l’aide d’experts du Kreddha, la proposition des Nagas est de reconnaître le Nagalim (région habitée par les Nagas comprenant l’état de Nagaland plus des parties des états de l’Assam, l’Arunachal Pradesh et de Manipur) comme entité à part entière (l’obstacle rencontré jusqu’à présent est l’opposition de tous les états en question sauf celui de Nagaland), de le doter d’une constitution faisant mention d’une alliance organique avec la fédération Indienne et d’amender la constitution indienne pour faire mention d’une alliance avec le Nagalim. En d’autres termes: reconnaître le concept de “grand Nagalim” (Nagaland + autres terres habitées par les Nagas), reconnaître le Nagalim comme un état séparé de l’Inde, puis faire une fédération dans laquelle l’Inde et le Nagalim sont unis sur un pied d’égalité.

Bien entendu, l’Inde ne semble pas prête à concéder à quelques millions de Nagas une semi-indépendance que convoîtent beaucoup d’autres minorités (notamment certaines vivant dans la même région comme les Boros mais aussi des groupes de taille bien plus importante comme les Tamouls du Tamil Nadu). Les négociations semblent pourtant être la seule façon de dénouer la situation et d’aboutir à un résultat pour sortir de 60 ans de crise.

 Etat d’urgence depuis 1947

En effet, bien que l’Inde se présente au monde comme la plus grande démocratie de la planète, elle a – comme tous les autres pays – plus d’un cadavre dans son placard. Depuis son indépendance en 1947 la région du Nagalim est considérée comme une zone en “état d’urgence”. Des lois sécuritaires donnent depuis cette époque les pleins pouvoirs aux militaires pour contenir les problèmes dans la région. Le Armed Forces Special Powers Act (en vigueur depuis 1958) permet par exemple aux soldats de tirer à vue sur des suspects portant “une arme ou un objet susceptible d’être utilisé comme arme” (section 4 – la loi ne donnant pas de précisions, il peut s’agir d’une pelle ou d’une pioche) et sur tout rassemblement de “de cinq personnes ou plus” (section 4 – là encore, l’absence de précisions fait qu’un groupe d’amis ou une famille peuvent être légitimement la cible de soldats mal intentionnés). Cette loi permet aussi les perquisitions sans mandat et comme les soldats ne sont pas soumis à la justice pénale normale mais à des courts martiales. Les nombreuses victimes et le grand public ne sont pas informés de sanctions qui pourront avoir été prises contre des soldats ayant commis des abus. Cette loi est le coeur d’un arsenal législatif et réglementaire considérable qui a permis à l’Inde de tenir sous contrôle militaire la région du nord-est en proclamant un état d’urgence permanent. Ce contexte a considérablement freiné le développement économique de la région. Pour Frans Welman, responsable du Naga International Support Center à Amsterdam, ces lois sécuritaires sont au coeur du problème. Pour lui, “tant que l’Armed Forces Special Powers Act sera en vigueur, les Nagas percevront l’Inde comme un oppresseur“. Dans une communication envoyée à l’ONU pour l’examen périodique universel de la situation des droits humains en Inde, l’association française Tourner La Page fait un constat simple: soit il y a bien un état d’urgence au nord-est et alors il faut que l’ONU envoie avec des forces de maintien de la paix, soit l’état d’urgence n’est pas nécessaire et les lois sécuritaires doivent être immédiatement retirées. Malgré les promesses réitérées de modification ou de suppression (et la suppression positive du très liberticide Prevention of Terrorism Act), les lois sécuritaires sont toujours en place, alimentant l’animosité des Nagas contre le gouvernement indien.

Il semble en définitive que si le centre ne manifeste pas rapidement une volonté de résoudre la question Naga, le conflit puisse reprendre à tout moment, au détriment – comme toujours – des populations civiles.