Classé dans : Société(s) | Mots-clefs: décédé, King of Pop, Michael Jackson, Voyeurisme
Michael Jackson a été hospitalisé d’urgence aujourd’hui après un arrêt cardiaque, c’est ce qu’affirment ce soir de nombreux médias états-uniens, quelques mois seulement après l’annonce de son grand (et final) come back à Londres pour 50 concerts étalés entre juillet 2009 et mars 2010.

Michael Jackson, le "King of Pop", annonçant son retour sur scène en mars 2009
Je n’ai pas l’habitude d’écrire sur la vie des stars mais je viens d’écrire il y a quelques heures un billet sur la santé de Steve Jobs et la façon dont les journalistes ont revendiqué le “droit de [tout] savoir” [sur sa santé] au nom de la transparence et de la démocratie des actionnaires. Ce soir en faisant un tour sur Google News, j’ai trouvé le même genre de remarques au sujet de Michael Jackson. Dans un article de la chaîne australienne ABC, on s’inquiétait de ce qu’il adviendrait des concerts de cet été dont les billets s’étaient vendus en quelques minutes. Les journalistes précisent qu’à l’époque déjà plusieurs personnes avaient posé la question de la santé de Michael Jackson et que la société AEG Live, organisatrice des concerts, avait indiqué que M. Jackson s’était à cet effet soumis à un examen médical de 4 heures et demie… Non mais sérieusement, on en arrive où? Est-ce qu’on aurait imaginé demander à Jimi Hendrix de souffler dans le ballon avant de monter sur scène?
… Excusez-moi un petit instant, en même temps que j’écris ce billet je surfe sur Google News et on vient d’indiquer que Michael Jackson vient de décéder des suites de cette attaque cardiaque. Ce qui devait être un autre billet coup de gueule contre le voyeurisme des médias devient un billet funèbre. Je ne sais pas trop quoi dire. Les plus jeunes pensent à la chirurgie esthétique et à la pédophilie quand ils entendent le nom de Michael Jackson. Ma génération se souvient de Bad, de Dangerous, du Moonwalk. J’ai découvert aussi ensuite les premiers tubes des Jackson 5, ses premiers albums. C’était un artiste hors du commun, un chanteur excellent, un danseur incroyable. Je n’ai jamais été fan de son relookage au bistouri et j’ai toujours été bouleversé / dégoûté par les accusations de pédophilie. Je veux me souvenir de son travail d’artiste, de tant de chansons qui m’ont accompagné tout au long de ma vie et m’accompagneront encore.
Dommage qu’il n’ait pas pu faire cette tournée finale.
Classé dans : Société(s) | Mots-clefs: actionnaire, Apple, Iphone, Los Angeles Times, Steve Jobs, transparence
Après des mois de spéculations en tous genres, le Los Angeles Times explique aujourd’hui que Steve Jobs, le patron d’Apple, serait en bien mauvaise santé et les journalistes se demandent si le secret gardé par ses avocats depuis des mois est bien légal. Loin de s’apitoyer sur le sort du cofondateur d’Apple, les journalistes décortiquent les faits juridiques et leurs conséquences pour les actionnaires.

Steve Jobs présentant le célèbre Iphone
Tout d’abord on apprend que si les sociétés ne sont pas tenues de divulguer les détails de la situation médicale de leurs dirigeants, elles doivent en revanche donner aux investisseurs des informations matérielles qui leur permettront de choisir en connaissance de cause s’ils ont envie d’acheter ou de vendre des actions.
Certes on peut le comprendre à l’échelle d’une petite entreprise, disons un salon de coiffure tenu par un patron qui aurait un ou deux employés. Avant de prêter de l’argent au patron ou d’acheter des parts de son entreprise, j’aimerais avoir une petite idée de sa forme et de son état d’esprit. Admettons. Mais quand on touche à de grandes multinationales spécialisées, la fluctuation du cours des actions sur les noms de patrons et souvent très surprenante, presque ésotérique: un groupe automobile va avoir à sa tête un homme qui ne connaît rien à l’ingénierie automobile, qui n’est pas un spécialiste du marketing, qui est un manager professionnel… mais en fonction de sa côte, avant même qu’il ait commencé à travailler (et répétons-le, la qualité des voitures ou des publicités ne dépendra pas de lui) on va faire des paris sur lui, les actions vont monter ou descendre (risquant ainsi dans les cas négatifs d’affaiblir l’entreprise – ce qui n’est pas dans l’intérêt des actionnaires).
De même pour Monsieur Jobs qui, s’il est le cofondateur d’Apple ne conçoit pas chaque produit et logiciel qui sort de l’usine à pommes (que les fans d’Ipod et d’Iphone se rassurent, Steve Jobs ou pas, Apple continuera sûrement à fabriquer tout autant de gadgets cool qui font bip bip bip quand on les touche). D’où le malaise que j’éprouve en lisant ces lignes du Los Angeles Times (et cet article n’est pas exceptionnel, il est malheureusement emblématique). On est allé trouver un des docteurs de Jobs pour lui faire expliquer de quoi souffrait son patient, on a découvert, malheureusement pour l’intéressé, que c’était plutôt grave (du genre définitivement grave) et on a commencé à prendre peur -non pas que monsieur Jobs souffre, non pas qu’avec un autre dirigeant la société Apple change d’état d’esprit mais que le PDG emporte dans sa chute vers l’autre monde le cours de nos actions Apple bien-aimées. C’est donc au nom du droit des actionnaires à connaître la vérité que bon nombre de journalistes (et peut-être derrière eux un certain nombre d’actionnaires et de concurrents d’Apple) ont demandé à obtenir davantange que de simples informations matérielles (les dernières fournies par Jobs faisaient en effet seulement état d’un déséquilibre hormonal – je ne suis pas médecin mais c’est vrai que ça n’a pas l’air aussi grave que ce dont il souffre apparamment).
Nous en serions donc là… on ne se mobiliserait plus pour voter, on ne s’engagerait plus dans la vie politique mais on serait prêt à payer des SMS pour voter par millions à des émissions de télé-réalité et on brandirait le principe de transparence (ou même l’idée de démocratie) pour exiger de savoir (et d’étaler sur la place publique) la couleur de la tumeur de tel ou tel PDG. Ce serait bien triste.
Pour vous dire la vérité, je n’ai pas envie d’y croire. En tout cas je n’ai pas envie de croire que nous ne sommes que ça. La démocratie est fondamentale. Notre droit de regard, de critique, d’expression est essentiel pour la préserver. Les entreprises jouent un rôle très important dans la société et il est bon que les actionnaires utilisent leur droit de regard pour demander des comptes aux gérants (idéalement pour exiger qu’ils respectent aussi les droits fondamentaux et l’environnement -on a bien glausé sur la santé de S. Jobs mais on a très peu parlé par exemple du fait que l’Iphone première version était très difficilement recyclable), il est bon que tout cela existe… mais utilisons ces droits d’une manière un peu plus respectueuses des individus. Je ne veux pas savoir quelle maladie a M. Jobs, juste s’il est apte à travailler ou non, je veux connaître sa stratégie, son bilan. Idem pour les politiques, je me moque de savoir si M. Berlusconi a trompé ou non sa femme, c’est une affaire qui les regarde, ce que je veux savoir c’est ce qu’il a fait et ce qu’il compte faire en politique. Ils nous appartient à tous de recentrer le débat sur les questions qui comptent (les seules qui nous regardent).
Classé dans : Politique | Mots-clefs: Droits de l'Homme, Nicolas Sarkozy, Rama Yade, Secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme
L’Elysée a annoncé aujourd’hui la composition du nouveau gouvernement Fillon. Dans la nouvelle équipe ne figure plus de Secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme. Nicolas Sarkozy, qui avait promis en tant que candidat d’être le “président des droits de l’Homme“, avait créé ce poste au Quai d’Orsay à la demande de Bernard Kouchner et confié la tâche à la jeune Rama Yade. Un véritable challenge puisqu’il s’agissait pour elle non seulement de travailler sous la tutelle d’un ex-socialiste mais aussi de faire vivre un thème qui ne collait pas toujours avec les intérêts diplomatiques de la France. Rama Yade s’est pourtant appliquée à ne pas rester silencieuse même quand le président lui demandait de se taire. Ainsi quand Muammar Khadafi était reçu en grande pompe à l’Elysée, Mme Yade déclarait à la presse que la France n’était pas un paillasson sur laquelle des dictateurs pouvaient venir s’essuyer les pieds. Plus tard, sur nombre d’autres dossiers elle a également pris parole (à défaut de faire davantage). Rama Yade écrivit un livre (Les droits de l’Homme expliqués aux enfants de 7 à 77 ans), déclina la proposition de place éligible aux européennes (en indiquant que l’Europe n’était “pas [son] truc” et qu’elle avait encore plein de choses à faire sur les droits de l’Homme). Seulement voila, le président Sarkozy qui voulait transformer le ministère des affaires étrangères en un “ministère de la mondialisation“, faire de la France une force motrice pour la promotion des droits humains dans le monde a mis de l’eau dans son vin et a décidé d’éliminer ce portefeuille devenu gênant. Rama Yade, elle, a été reléguée promue aux sports, comme si l’important n’était après tout pas tant son expertise ou son engagement mais ses qualités de gestionnaire/représentante/femme politique populaire.

Rama Yade
Certes ce poste n’était vraiment pas facile à occuper, certes il nous mettait face à nos contradictions (d’un côté nos principes, de l’autre les concessions que nous faisions), certes sans réels moyens ce poste était juste un symbole… seulement le supprimer revient également à abandonner cette promesse de campagne qui a tenu à coeur à beaucoup de Français: que le pays autoproclamé “des droits de l’Homme” oeuvre à les promouvoir davantage dans ses relations avec le reste du monde (cf. Nicolas Sarkozy en campagne: “Je ne passerai jamais sous silence les atteintes aux droits de l’homme au nom de nos intérêts économiques. Je défendrai les droits de l’homme partout où ils sont méconnus ou menacés et je les mettrai au service de la défense des droits des femmes“).
A chacun de juger le travail effectué par Mme Yade. Il n’en reste pas moins que mettre le secrétariat d’Etat aux droits de l’Homme à la poubelle après seulement deux ans d’existence est un triste aveu d’échec.
J’ai rêvé que quelqu’un viendrait
J’ai rêvé d’une étoile rouge
et mes paupières sursautent
et mes chaussures se rassemblent
Que je devienne aveugle
si je mens!
J’ai rêvé de l’étoile rouge
quand je ne dormais pas
Quelqu’un viendra
Quelqu’un viendra
Une autre personne
Une personne meilleure
Quelqu’un qui ne ressemble à personne
qui ne ressemble pas au père
ni à Ensi, ni à Yahya, ni à la mère
Il ressemble à celui qu’il faut
et il est plus grand que les arbres
de la maison du maçon
et son visage est plus lumineux
que celui de l’Imâm du Temps
Et il n’a pas peur du frère de Seyed Djavâd
qui est allé porter l’uniforme des policiers
et qui n’a même pas peur de Seyed Djavâd lui-même
à qui appartiennent toutes les chambres de notre maison
Et qui s’appelle comme la mère le cite
au début et à la fin de sa prière
le Juge des Juges
ou bien
la Récompense des Récompenses
Et qui peut, les yeux fermés, lire
tous les mots difficiles dans le livre de troisième
Et qui peut, sans faute, soustraire mille
de vingt millions
Et qui peut acheter à crédit
tout ce dont il a besoin chez Seyed Djavâd
Et peut faire en sorte que la lampe d’ “Allah”
qui était verte, verte comme le matin très tôt,
s’allume de nouveau au ciel de la mosquée Meftâhiân
Oh…!
Comme c’est bon la lumière!
Comme c’est bon la lumière!
Et moi, combien j’ai envie
que Yahya possède un chariot
et une lampe à huile
et moi combien j’ai envie de m’asseoir
au milieu des pastèques et des melons d’eau
dans le chariot de Yahya
et de tourner autour de la place
de Mohammadieh
Oh…!
Comme c’est bon de tourner autour de la place!
Comme c’est bon de dormir sur le toît de la maison!
Comme c’est bon d’aller au jardin public!
Comme c’est bon le goût du Pepsi!
Comme c’est bon le cinéma de Fardine!
Et combien j’aime toutes les bonnes choses!
Et moi, combien j’aime tirer les cheveux de la fille de Seyed Djavâd!
Pourquoi suis-je si petite
que j’en perds toujours mon chemin?
Pourquoi le père qui n’est pas aussi petit
et qui ne perd pas son chemin
ne fait rien pour que la personne
qui est venue dans mon rêve
avance le jour de sa venue?
Et pourquoi les gens du quartier de l’abattoir
dont la terre du jardin est tachée de sang
et dont l’eau du bassin de la maison
est tachée de sang
et dont la semelle des chaussures
est aussi tachée de sang,
ne font rien, ne font rien?
Combien est paresseux le soleil d’hiver!
J’ai balayé le toit de la maison
et j’ai aussi lavé les vitres de la fenêtre
Pourquoi le père rêve-t-il
seulement quand il dort?
J’ai balayé le toit de la maison
et j’ai aussi lavé les vitres de la fenêtre
Quelqu’un viendra
Quelqu’un viendra
Quelqu’un qui est dans son coeur avec nous,
qui est dans son souffle avec nous,
qui est dans sa voix avec nous
Quelqu’un que l’on ne peut pas arrêter,
menotter et envoyer en prison,
quelqu’un qui est né
sous l’arbre ancien de Yahya
et qui grandit de jour en jour
Quelqu’un viendra
de la pluie, du bruit de la pluie
des murmures des fleurs de pétunia
Quelqu’un viendra
le soir du feu d’artifice,
du ciel du quartier Toupkhâneh
Il mettra la nappe
Et partagera le pain
Et partagera le Pepsi
Et partagera le jardin public
Et partagera le sirop pour la coqueluche
Et partagera le jour de l’inscription
Et partagera les tickets d’entrée à l’hôpital
Et partagera les bottes en caoutchouc
Et partagera le cinéma de Fardine
Et partagera les arbres de la fille de Seyed Djavâd
Et partagera tout ce qui est invendu
Et nous donnera notre part
J’en ai rêvé…
Forough Farrokhzad
(Trad. Jalal Alavinia, extrait de La Conquête du jardin, Ed° Lettres Persanes, 2005)
Classé dans : Traduction
Il n’est pas fréquent de voir des personnages de fiction faire le joli métier de traducteur. Tout le monde pense savoir à peu près en quoi ce travail consiste (s’asseoir, allumer son ordinateur, feuilleter son dictionnaire, traduire) pourtant -comme pour tous les métiers- il y a plein d’aspects auxquels on ne pense pas forcément tant qu’on n’a pas soi-même travaillé dans ce domaine ou vu un traducteur de près. Alejandro Morenos Ramos (traducteur professionnel) vient de créer une bande-dessinnée humoristique racontant les déboires professionnels de Mox, un traducteur freelance jonglant entre le travail (et toutes ses complications), sa petite amie et sa tortue. Une réflexion sympathique sur ce métier pas si connu.




