Bouts du monde – Blog de Keyvan Sayar


Mnouchkine dit non
juillet 26, 2007, 5:35
Classé dans : Art, Politique

Ariane Mnouchkine vient de renoncer à la chaire de création artistique du Collège de France. Elue par l’assemblée des professeurs du collège de France le 26 Novembre 2006, elle avait été nommée – comme le veut la procédure – par décret du président de la république le 23 juillet 2007.

Suite à la parution d’une dépêche de l’Agence France-Presse le 25 juillet insistant sur le fait qu’elle avait été nommée par décret présidentiel et d’un article de Libération titré “Ariane Mnouchkine nommée au Collège de France par Nicolas Sarkozy”, la metteuse en scène a décidé de décliner l’offre afin de ne pas être associée de près ou de loin à l’actuel président de la république.

Elle avait déjà appelé à voter pour Ségolène Royal en mettant en avant les dangers d’une présidence de Nicolas Sarkozy. Depuis le festival d’Avignon où elle présente actuellement Les éphémères, elle s’est expliquée sur cette décision dans une interview accordée au journal Le Monde:

“Je suis furieuse que l’information ait été publiée en ces termes. Elle fait de moi une collaboratrice du régime de Nicolas Sarkozy, alors que les membres du Collège de France sont choisis par l’assemblée des professeurs.” En effet, le rôle du président de la République est juste de valider ces choix par le biais d’un décret.

“Proposée et élue, il y a environ huit mois, j’ai été extrêmement heureuse et honorée de cette nomination. Mais aujourd’hui, je me sens piégée, instrumentalisée par la présidence de la République et par une partie de la presse, et je ne l’accepte pas. Nicolas Sarkozy fait de nous des collaborateurs, il essaye de récupérer tous ceux qui ont une certaine surface médiatique, les artistes comme les autres : c’est inacceptable. Alors je préfère refuser ce poste qui me faisait extrêmement plaisir, parce que je pense qu’il est nécessaire de réagir. Vous avez vu ce qui s’est passé avec les infirmières bulgares, où on essaye de nous faire avaler que c’est la présidence de la République française qui les a sauvées, alors qu’on sait pertinemment qu’une mission diplomatique européenne y travaillait depuis des années. Il faut que Nicolas Sarkozy arrête de faire croire que c’est lui qui met l’eau dans les robinets…



Offre spéciale Foire du Livre: 9 lettres ouvertes en une (garanties sans OGM)
mars 2, 2007, 7:50
Classé dans : Art, Politique

Je relaie ici un appel lancé par des éditeurs indépendants à l’occasion de la Foire du Livre de Bruxelles 2007.

Scripta Volant

 

Ce mardi débutera la grand’ messe annuelle du livre et de l’édition, en Belgique : la Foire du Livre.

Il existe en Belgique une poignée d’éditeurs autonomes, qui s’acharnent à défricher les autres possibles du livre, ainsi qu’à révéler les auteurs les plus novateurs et inattendus. Ces éditeurs produisent des livres qui n’obéissent pas aux demandes des marchés mais qui se présentent comme de pleines et entières propositions artistiques. Les maisons d’édition indépendantes sont souvent dirigées par des auteurs, et toujours par des amoureux du livre. Généralement associatives, elles n’ont d’autre but que l’édition de livres d’auteurs ou d’artistes originaux, de livres essentiels qui ne seraient pas publiés sans elles. Ces éditeurs sont précaires et, vous le savez aussi, rarement conviés à la Foire.

La scène de création émergeante belge est pourtant reconnue internationalement : Frémok, La 5e Couche, Employé du Moi, Mycose, Maelström, Biliki… Inutile de parcourir les allées à la recherche des éditeurs indépendants en bande dessinée : vous ne les trouverez pas. Cherchez bien les autres : ils se terrent.

En face des puissants Hachette-Monsanto et Editis-Danone, les éditeurs indépendants produisent des livres bio. Ces petits agriculteurs voient leurs maigres cultures envahies et bientôt détruites par les cultures extensives et dopées de l’agroalimentaire « culturel ».

Depuis plus de dix ans, nous publions des livres bios aux saveurs épicées, qui font l’orgueil de la Belgique dans les salons alimentaires de la planète. Les pressions que nous subissons menacent aujourd’hui nos activités. Les produits manufacturés de la culture extensive nous poussent hors des librairies. Notre écosystème subit des dérèglements mortels. Nos livres ne parviennent plus à leurs lecteurs.

Nous, représentants de l’édition de création en Belgique, demandons

Aux organisateurs de la Foire du Livre

Vous n’ignorez rien de notre situation, puisque plusieurs membres de votre directoire sont eux-mêmes éditeurs indépendants. Vous savez que les grands groupes d’édition ne peuvent pas remplacer la créativité de la scène indépendante, ni en saveur, ni en vitalité, ni en audace. Que leurs collections sont étudiées et ciblées en fonction des retombées économiques et symboliques. Vous savez aussi les difficultés financières que connaissent les indépendants, broyés par les pratiques commerciales et l’assaut sur les parts de marché.

La Foire du Livre est une occasion annuelle de présenter d’autres livres, pas seulement les nouveautés en primeur. La Foire du Livre pourrait être un acte de résistance à la normalisation éditoriale. Rien n’est fait pour nous mettre en avant, c’est pourquoi nous vous demandons d’endosser le costume de découvreur et de nous aider à rendre visible l’ensemble de nos productions, en voulant bien tenir compte, dorénavant, de notre indispensable existence.

Aux libraires subventionnés

Vous, libraires appointés, soutenus ou entretenus par la Promotion des Lettres de la Communauté française, vous avez la chance de ne pas dépendre exclusivement des ventes pour survivre. Vous pouvez choisir les livres que vous montrez. Vous êtes les vraies vitrines de l’édition de création. Nous vous prions instamment de créer un rayon où seraient présents nos livres, tous nos livres.

Aux bibliothécaires

Vous le clamez haut et fort en chaque occasion : votre rôle dans la défense de la culture et son accès à tous est capital. Nous avons beau écumer les rayonnages des bibliothèques publiques de notre beau pays, nous n’y trouvons pas nos livres, ou rarement. Les bibliothèques publiques doivent-elles proposer les mêmes livres que la Fnac ? Se pourrait-il que vous ignoriez nos existences? Il faut excuser, alors, nos lacunes en communication : la gestion d’une maison d’édition, la création de livres, prend tout notre temps. Nul attaché de presse, nul représentant ne peut venir à vous. Nous sommes au four et au moulin. Nous vous demandons de présenter et défendre sans attendre notre production, auprès des assoiffés de culture qui fréquentent vos bibliothèques

Au directeur de la fnac

Votre slogan le proclame, votre groupe serait un “agitateur de culture”. Ce terme décrirait-il donc, selon vous, uniquement les auteurs morts ou édités à l’étranger ? Nous nous étonnons de ne pas trouver nos livres sur vos belles tables, malgré le zèle de nos distributeurs. Qu’entendez-vous alors par « culture » ? Nous sommes en droit d’attendre de vous plus d’audace et d’ambition “culturelle”. Nous réclamons qu’existe chez vous un rayon qui présente le fonds et les nouveautés des éditeurs de création belges.

Aux représentants des libraires

Vous semblez souffrir des mêmes difficultés que nous. Notre précarité n’a d’égale que la vôtre. Pensez-vous vraiment que la solution de vos problèmes réside dans l’imitation des Fnacs, Clubs et autre Virgin? Nous voyons bien que les librairies “trop” singulières disparaissent. Mais si toutes les librairies se ressemblent, à quoi servirez-vous ? Nous vous demandons de résister au matraquage des offices, dont nous vous savons victimes, en redoublant d’attention envers nos productions.

Aux rédacteurs en chef de la presse nationale (aux chroniqueurs culturels)

N’avez-vous pas un rôle à jouer dans la diffusion d’une création qui n’a pas les moyens de vous communiquer services de presse et prières d’insérer, ni d’acheter dans vos journaux des espaces promotionnels? Nous vous convions à penser de nouvelles collaborations avec la scène créative.

A la Direction de la Poste

Il existe en Belgique un tarif à taxe réduite pour les éditeurs en envoi international, malheureusement ce tarif n’est pratiquement jamais appliqué. De plus, il n’existe pas en Belgique de tarif à taxe réduite pour les éditeurs en envoi national. Cette situation remet en question la pérennité de l’édition indépendante, et par voie de conséquence, entrave le droit d’expression, réduit l’économie du livre et affaiblit la démocratie. Pourquoi ce tarif, prévu par le législateur, n’est-il pas appliqué ? Nous exigeons que cette situation absurde soit réglée au plus vite. (Une pétition peut être signée à ce sujet sur www.rezolibre.com/petition)

A la ministre de la culture

Croyez-vous, comme nous, que le livre doit pouvoir rester un objet culturel et ne pas sombrer totalement dans la sphère carnivore des loisirs? Ne croyez-vous pas que soutenir un éditeur et une vision de l’édition ne consiste pas seulement à leur donner des aides au compte-gouttes, mais aussi assurer la réception et la diffusion de leurs livres, au moins dans les évènements et institutions qu’elle défend (ainsi, la Foire du Livre ou les bibliothèques…) Est-il normal que la Communauté française franchise les librairies de ses institutions (Passaporta, Macs, etc.) à des commerçants qui ne présentent même pas les éditeurs qu’elle soutient ? Nous vous demandons plus de cohérence et de suivi dans les actions que vous entamez.

Aux lecteurs

Vous l’ignoriez peut-être, mais vous ne trouverez pas tout ce qui se publie chez votre libraire favori, même s’il a encore assez de place pour conserver des vieilleries du mois passé. Le lecteur doit être plus acteur que jamais. Flâner entre les tables ne suffit plus. Le meilleur de ce qui s’édite n’y arrive pas. Il faut aller au livre : il ne peut plus venir à vous. Un livre doit être commandé, chez le libraire, à la bibliothèque publique ou sur Internet.

Nous sommes bien certains que le rejet de nos productions n’est qu’apparent ou contingent, convaincus de vos bonnes volontés, sûrs aussi que vous tous croyez que le livre est davantage qu’un produit de consommation et de spectacle. Nous demandons à vous rencontrer le plus rapidement possible, pour que soient trouvées des solutions définitives à ces désolants oublis.

Xavier Löwenthal (La 5e Couche éd.), Thierry Van Hasselt (éd. Frémok), David Giannoni (éd. Maelström), Patrick Lowie (éd. Biliki).

(merci d’adresser vos réponses à livresbios@gmail.com)

(liens utiles : www.5c.be, www.fremok.org, www.maelstromeditions.com, www.biliki.com)