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Il y a quelques semaines, une nouvelle annoncée par le quotidien italien La Stampa a surpris beaucoup de commentateurs: l’ex-secrétaire d’état américain Henry Kissinger serait devenu conseiller du pape. L’information a été immédiatement reprise dans de nombreux médias. Le job du prix nobel de la paix aurait été de conseiller le pape sur les questions internationales. D’après des sources très averties et très anonymes, M. Kissinger aurait rencontré le pape lors d’une audience et ce dernier lui aurait proposé de rejoindre une commission chargée de conseiller le saint siège en matière d’affaires étrangères. Le bureau de M. Kissinger n’ayant pas nié ou confirmé l’information, les spéculations sont allées bon train pendant quelques temps.
Certains ont tiré des conclusions parfois rapides (le vatican deviendrait néo-conservateur) ou nauséabondes (dans certains pays on aurait parlé d’un complot papo-judaïque).
On aurait pourtant pu s’intéresser à d’autres aspects de cette information. Si elle était vraie, pourquoi devrait-elle nécessairement signifier que le Vatican tomberait sous le contrôle des Etats-Unis?

Ce type de relation a bien eu un précédent: celle entretenue par Jean-Paul II avec Zbigniew Brzezinski. Tous deux originaires d’un même pays, tous deux attachés à un certain nombre de valeurs communes. Brzezinski avait fui la Pologne, Jean Paul II y était resté. Le premier était devenu ministre de Jimmy Carter, le second Pape.
Similairement, Mm. Kissinger et Ratzinger sont tous deux originaires de Bavière. M. Kissinger a été contraint de fuir l’Allemagne durant le seconde guerre mondiale, M. Ratzinger y a grandi. Le premier est devenu ministre de Richard Nixon et Gerald Ford, le second Pape.
En outre, il est important de souligner que le Vatican fait souvent appel aux conseils et à l’expertise d’intellectuels de tous bords. Depuis son élection Benoît XVI a mis un point d’honneur à dialoguer avec des gens de toutes les sensibilités. Ses invités vont des athées aux scientifiques en passant par les musulmans ou les bouddhistes. Même s’il est profondément attaché à ses croyances, le pape actuel consulte régulièrement des gens très différents. Que Kissinger devienne un conseiller permanent ne signifierait donc pas forcément que le Pape n’écouterait plus que lui.
Puis les spéculations ont cessé quand un porte-parole du Vatican a démenti très officiellement l’information. M. Kissinger se serait juste entretenu avec le pape une fois et sa prochaine collaboration avec le Vatican se ferait dans le cadre d’une conférence, rien d’autre. Pétard mouillé, donc. Et même pour un pétard, ce n’aurait pas été grand chose.
Le pouvoir du Vatican a considérablement décru au fil des siècles. Le principal pouvoir restant au pape, c’était la communication et il semble pour le moment clair que Benoît XVI n’emballe pas autant les foules que son prédécesseur. Sa principale façon de peser sur les “affaires étrangères” serait d’exister politiquement, de compter dans le coeur des gens. C’est quelque chose que les meilleurs (ou les pires) conseillers politiques ne peuvent pas faire à sa place.